Ressources

Le mot clown

Le mot clown dérive de l’anglais “clod” dans le sens de colon, fermier, paysan, rustre et balourd qui fait rire dans les foires paysannes. La signification originale est en effet « motte, morceau de terre ». Le clown, homme de terre, est une évolution d’Adam, fait de terre, le premier homme. Le clown est une forme, une forme de terre, création de chair, l’homme parfait dans ses imperfections. Si le héros tragique se tient debout, le clown se laisse tomber par terre. Donc, le paradoxe total, le lâcher prise fondamental, la suprême humilité du clown est de reconnaître que tout va bien comme il est. Que la vie, dans l’ici et maintenant, est vraie, juste, parfaite. Ou, tout simplement, elle est. Être éveillé, c’est être conscient d’être ce que l’on est. La conséquence première de ce lâcher prise fondamental est le rire.

Giovanni Fusetti

Auguste

Ce prénom fait référence à ses origines. En effet, vers 1880, dans un cirque, selon la légende, un garçon de piste rentre ivre sur la piste et trébuche. Lorsqu’il se relève, il est salué par les rires du public qu’il regarde avec un regard ahuri. Plus il regarde ainsi le public et plus les rires de celui-ci redoublent. Le public hurle en même temps : « August ! », c’est-à-dire idiot en allemand. Ainsi, notre célèbre nez rouge rappelle que le premier Auguste était un pochard. Deux remarques s’imposent ici. La première est que l’Auguste est né par hasard. C’est un incident imprévu qui en a donné l’idée. La seconde est que cet incident a été provoqué par un excès d’ébriété et que le public a ri spontanément. Ce soir-là, l’Auguste n’a pas essayé de faire le « clown ». Il l’est devenu par le regard du public.
Le « Contre-Pitre » est le second de « l’Auguste » et son contre-pied. « Auguste de l’auguste », c’est un clown gaffeur qui arrive comme un cheveu sur la soupe et qui ne comprend rien, oublie tout et dont les initiatives se terminent en catastrophes, relançant ainsi les rires. L’un des plus célèbres est Paul Fratellini.

 

Le petit Larousse 2009 Pedro (Hugues Fellot au Cirque Plume)

Le nouveau clown

Le nouveau clown est solitaire. En lui, l’ « Auguste » et le « Clown Blanc » ne font plus qu’un. Devenu serviteur de lui-même, il n’est plus soumis qu’à la seule tyrannie de ses désirs, de ses craintes, de ses élans, de ses empêchements. Il sait accueillir l’échec, la douleur, faire resurgir la joie. “L’accident”, heureux ou malheureux, devient tremplin pour aller plus haut, plus loin.

Anne Cornu, Compagnie du moment : « De quel clown s’agit-il ? », in Culture Clown n°17 (octobre 2010)

Symbolique

Clown : Le clown est traditionnellement la figure du roi assassiné. Il symbolise l’inversion des propriétés royales, dans ses accoutrements, ses paroles, ses attitudes. À la majesté se substituent la drôlerie et l’irrévérence ; à la crainte le rire ; à la victoire la défaite ; aux coups donnés les coups reçus ; aux cérémonies les plus sacrées le ridicule ; à la mort la moquerie. Il est le revers de la médaille, le contraire de la royauté : la parodie incarnée.

Le dictionnaire des symboles, Robert Laffont

 

le Clown est une œuvre d’art

Marcher, pleurer, tomber par terre tout ce que fait l’acteur doit être pensé et travaillé entièrement par la question de l’art, par le choix de faire une œuvre.
Alors comment faire pour que marcher soit de l’art ?

Le travail de clown commence quand un être intérieur aspire à sortir dans le monde.
Il faut d’abord que l’acteur ait la conviction de l’existence de cet être, et qu’ensuite il ressente la nécessité de lui laisser la place.
Un être intérieur.

Le clown prend connaissance du monde de deux manières.
La première, ce sont les sensations du corps de l’acteur: il voit à travers ses yeux , il entend à travers ses oreilles, il ressent à travers son système nerveux.
La seconde, ce sont ses désirs, fichés en lui comme des fusées.

Comment un acteur, peut-il accepter de remettre en question toutes ses sensations: ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il sent, ce qu’il pense? comment peut il accéder à ses désirs profonds?

Ce travail ne peut se faire sans l’autre: public, partenaire de jeu, metteur en scène… c’est l’autre parce qu’il est autre , qu’il peut me faire accéder à d’autres sensations.

François Cervantès, Catherine Germain (Metteurs en scène et clowns)

Au commencement était le clown

Le clown est une forme.
Une forme qui émerge du fond.
Le fond est le vide : la piste vide, la scène vide.
Le comédien seul, au milieu de la piste, en face du public, avec rien. Rien du tout.
Il ne fait rien, il ne dit rien; pas d’objet, pas de costume, pas de texte, rien d’externe à lui à quoi s’accrocher. Le vide. Sur son visage, un nez rouge, le plus petit masque du monde.
Et, dans ce vide, s’il accepte de l’assumer, quelque chose arrive : une émotion, un geste, un mouvement, un regard. Un état. Tout d’un coup le mystère du rire se manifeste. Le public rit. On ne sait pas encore pourquoi, mais il rit.
Ça c’est le don du clown : le rire. Le don le plus fragile et éphémère. Comme une rafale de vent. Elle est là et comme elle est arrivée, elle s’en va.
Le clown fait rire le public et en même temps se nourrit de ce rire : une mystérieuse alchimie se produit sur scène.
Quand on touche le ridicule absolu, on touche quelque chose de l’ordre de la vérité. Et on ne peut faire rien d’autre que rire.
Mais le public est sévère : seulement ce qui est vrai est comique. On ne triche pas avec le nez rouge. Si on perd le contact on est perdu. Mais si on accepte d’être perdu on est sauvé.
Même plus, on est guéri.
C’est ça le clown : être là, dans le vide, dans le rien, et se laisser tomber dedans. Dans ce vide il y a le plus grand danger pour le comédien : le bide. La chute, se casser la gueule, le numéro raté, l’exploit cassé, le trou, la gaffe, la honte, la faillite, le rejet…
Mais, follement et paradoxalement, le clown commence là où le trou arrive, là où le comédien laisse percer son imperfection, son ombre, tout ce que normalement il cherche soigneusement à cacher au public, au cher public.

Giovanni Fusetti

Le paradoxe du clown

Le clown, semble-t-il, transcende l’échec et le transforme en exploit: celui de dire ses limites, son incapacité, ses maladresses, sa honte, son désarroi, son désespoir même… il avoue tellement bien ce que nous cherchons tellement à dissimuler (aux yeux des autres ou de nous-même ?). Sa philosophie, née dune immense naïveté et d’un optimisme à toute épreuve, le conduit, à son insu, à nous attendrir, nous émouvoir, nous faire rire tellement il ose, lui… là où l’humain déprime, le clown s’acharne avec une telle force incongrue, qu’il nous fait dévier de notre trajectoire, en nous apportant le rire, un rire franc, sans ironie ni sarcasme, qui nous va droit au cœur parce qu’il se raconte, avec cette authenticité qui n’appartient qu’à lui, il nous ramène à la vie, celle qui vaut la peine d’être vécue…

Amandine Barrillon, Le paradoxe du clown, Mémoire de Maîtrise de Philosophie, Université de Grenoble II, 1998.

 

A la recherche de notre art : Citations

« Jouer c’est quoi ? c’est vivre pour de vrai dans des circonstances imaginaires »
Ce que l’on fait sur le moment au théâtre est vraiment ce qui est en train de se produire.
Acting/Reacting : On porte son attention sur l’autre, on réagit à son comportement.

 

« L’acteur doit pouvoir se réajuster constamment, il se réaccorde au moment où il joue, en étant conscient des impulsions, tensions qui le traversent. Le jeu reste ainsi vivant. »

Sandford Mesner, comédien, pédagogue

 

« Quand vous travaillez un texte, posez-vous la question : Si c’était vrai, qu’est-ce que je ferais dans cette situation ? Autorisez-vous à croire à cette situation, cela booste votre créativité. »

Stanislavski, pédagogue

 

« Si l’on admet ses sensations corporelles comme personnelles, on peut composer à partir d’elles. Et si on s’autorisait à jouer avec ces sensations ? »

Steve Paxton, danseur, chercheur

 

« Les Tensions répriment les émotions. »

« Quand on parle, on ne met pas de point ni de virgule. Il n’y a pas de ponctuation dans notre parole. Parfois une phrase reste en suspend… »

Stella Adler, comédienne, chercheuse

 

« Accepter que les choses soient en mouvement et changent. »

Patricia De Martelaere

 

« L’énergie Verticale, renforce l’axe.  L’énergie Horizontale renforce la ligne au sol. »

Anne Teresa De Keersmaeker danseuse chorégraphe

 

« Le bouffon se fout des autres, alors que le clown se fout de lui-même. »

Jacques Lecoq

 

« Le clown :
Il fait rire malgré lui.
C’est un poète sans qu’il le sache et un poète comique qui fait aimer la vie. La grande force du clown est qu’il croit. Il a la foi. »

Serge Martin, pédagogue

 

« Le comique parle des autres, alors que le clown parle de lui… on pourrait presque dire que le clown vit, alors que les comiques parlent ? »

Franck Dinet, comédien, pédagogue

Inspiration

Pina Bausch
Maguy Marin

Filmographie

Charlie Chaplin
Buster Keaton
Louis de Funès
Bourvil
Jacques Tati

Tout va bien (1er commandement du clown), documentaire de Pablo Rosenblatt et Émilie Desjardins.

Bibliographie

[Paragraphe à venir]

Hugues Fellot Alias Maître

Habile maître à jouer, déshabillant les âmes,
Urticant et usant nos habitudes fades
Grand clown réservé, il construit et devient
Un poète qui écrit par nos corps et nos mains
Exprimant avec nous, ses rêves et ses fables
S‘ouvrant en nous ouvrant, et nous rendant capables.

Babeth Chazot alias MOUSSELINE

Madame mousseline lève le petit doigt,
Ouvre sa grande valise, et vous restez sans voix.
Usant de mille mimiques, elle déballe son bestiaire,
Suave elle vous surprend, vous emmène et vous perd
Sous le bois de vos rêves qui poussent entre les siens,
Elle regarde vos cœurs battre dedans ses mains.
Loufoque majestueuse, nimbée de voiles roses,
Indiscutablement, elle pose et en impose.
Nymphe aux rondeurs poudrées, offusquée et gourmande
Elle déclenche le rire, et on en redemande.

Paul Mommessin alias MARCEL FLÊCHE

Même s’il est gigantesque, son âme douce et sensible,
Aime la porcelaine, que c’en est indicible.
Résolu à ranger ou sinon il s’irrite,
C‘est un grand cœur costaud, fort à bras de mérite.
Et sa voix de ténor pourrait vous étonner.
Laissez Marcel Flèche passer, c’est pressé !

Réjane Monod-Ansaldi alias LOUSTE

Linge de corps et poèmes, voilà ce que Louste aime.
Oscillant lentement sa valise, elle promène
Un chargement de rêves, et tragiques et légers,
Son accent, ses vieux mots, sa collection osée.
Tout est à déclamer, à dérouler pour vous !
Et pudeur et désirs sont sans dessus dessous.

Serge Sang alias COCCYX

Comme un pantin de fil de fer dégingandé,
Oscillant sur ses jambes, son bonnet haut perché,
Coccyx recommence, et répète à l’envie
Ces petites rengaines de fakir ahuri.
Yeux mobiles, il s’approche et vous donne un câlin
Xylophone à bretelles muni de grandes mains

Régine Roulié alias ROSALIE CIBLE

Rosalie, chevelue, magicienne épatante
Ose une collection de jeunes femmes affolantes
Soulevant le couvercle de sa ménagerie
Avec des fulgurances, elle déballe ses outils
La peur est en vos yeux, en vos cœurs et sa boite
Intensément vous prend, ses regards vous attrapent
Et vous serez sciés, retournés, ébahis, pétrifiés ahuris des tours de Rosalie

Maude Lallier alias JOZY

Jolie jeune amoureuse, trompette dans la voix
Ouvrant des univers, cantatrice aux grand bras
Zélée, vive et puissante, elle éclate et surprend
Yeux clairs et riboulant, par la force de son chant